Je reviens avec un vrai sujet sérieux. Je vais devoir situer un peu le contexte car il s’est passé pas mal de choses depuis mon dernier post mais je n’ai jamais trouvé/pris le temps de vous tenir au courant…
J’ai commencé à m’intégrer dans la vie de ma nouvelle paroisse, c’est-à-dire celle de l’église qui se trouve à 100 mètres de chez moi. J’ai notamment été mis en contact avec David Cardoz, un quinquagénaire (enfin, je présume, je n’ai jamais été très bon dans les estimations d’âge…) actif qui anime le chœur de la messe de 10h avec sa guitare. J’ai évidemment été immédiatement enrôlé, ce qui fait que tous les dimanches, je me retrouve à chanter haut et fort des chants que je ne connais évidemment pas. Mais la magie de la musique à l’anglo-saxonne fait que les mélodies sont quand même super facile à anticiper…
David est vraiment super sympa et il n’a pas fallu deux dimanches pour qu’il m’invite à déjeuner chez lui avec toute sa famille. Ce qui, en Inde, signifie au minimum une dizaine de personnes. Il partage avec les autres membres de sa famille une vraie maison (et non un appartement) avec un jardin luxuriant qui comprend un bananier où pendaient des régimes de bananes. Un vrai havre de paix dans cette ville constamment excitée qu’est Bombay. Je me suis aussitôt mis à détester mon appartement qui donne sur une rue passante. Quoique pas totalement, en fait, étant donné que le weekend des embouteillages monstres arrêtent la circulation sous mes fenêtres. Et en Inde, quand un véhicule est arrêté, il klaxonne deux fois plus que quand il est en mouvement. C’est-à-dire quasiment en permanence… Bref, depuis ce jour, je rêve d’une maison comme celle de David !
Le déjeuner était un vrai déjeuner familial du dimanche, version estivale, pour ceux qui ont eu la chance de connaître ça dans leur vie. Bref, une famille adorable, un repas succulent et des plaisanteries qui fusent d’un bout à l’autre de la table – le grand-père de quatre-vingts ans n’étant pas le dernier à participer…
Seul le vin m’a rappelé que j’étais en Inde…
David est architecte de profession, et le plus fou c’est qu’il n’est pas le genre d’architecte responsable de ces tours hideuses que les Indiens affectionnent et considèrent comme un signe de richesse et de modernité. Non, David est spécialisé dans la conservation et la restauration de bâtiments anciens. Nous étions faits pour nous entendre !
Surtout, David fait partie du comité d’administration d’un « trust » passé en vingt ans du simple statut d’association caritative à celui d’ONG en bonne et due forme, le Committed Communities Development Trust (CCDT) Il m’avait déjà un peu parlé des activités du CCDT, mais j’avais un peu de mal à visualiser concrètement leurs actions.
Dimanche, David est venu me voir pour me demander si j’étais libre après la messe. Il voulait m’inviter au 15ème anniversaire d’une de leurs principales œuvres : ASHRAY.
Ashray est un foyer destiné aux enfants de prostituées infectées par le VIH, abandonnés à leur sort lorsque leur mère ne peut plus s’occuper d’eux et que leurs familles les rejettent. En effet, nombre d’entre sont également infectés. Ashray les accueille avec pour objectif de les réinsérer au mieux dans la vie sociale. C’est une œuvre absolument magnifique !
Elle est décrite sur cette page que je vous encourage à lire. Moi je vais vous parler de ce que j’en ai vu et vécu le temps de quelques heures. (J'ai ajouté son emplacement sur la carte)
Ashray entend donner à ses enfants un cadre affectif aussi proche que possible d’un cadre familial, et c’est réussi au-delà de toute espérance ! J’ai été impressionné par l’atmosphère qui se dégageait de cette communauté. L’anniversaire était fêté dignement par des spectacles organisés par les enfants qui nous ont exécuté des chorégraphies de Bollywood dans une ambiance indescriptible. La présidente du Conseil d’administration du CCDT et fondatrice d’Ashray a fait un long discours rappelant les quinze années passées, n’omettant ni les succès ni les difficultés, évoquant sans renfort d’émotion mais avec une belle simplicité les enfants décédés au centre. Tout cela devant un parterre d’enfant dont certains n’avaient pas cinq ans. J’ai pensé à la façon dont notre société cherche à tout prix à protéger ses enfants et le contraste m’est apparu impressionnant ! Ces enfants ont déjà traversé des épreuves très lourdes et les enfermer dans une bulle n’aurait aucun sens. Ashray entend bien les maintenir au contact de cette réalité difficile qui est la leur mais en leur offrant une surdose d’amour et de soutien. Et ça donne un résultat splendide à voir !
Tout cela dans des locaux et des conditions qui auraient fait hurler le plus indulgent des fonctionnaires des services sociaux français. Là encore je me suis dit que ce n’était définitivement pas les moyens qui comptaient…
Tout n’est pas rose pour autant. La discussion que j’ai eue avec David était très intéressante. Ils sont arrivés au point où Ashray est devenu trop petit et où il leur faut répliquer le modèle. Mais se pose alors la question des conditions de son succès. Ashray est-il seulement transposable… ? J’ai vraiment été incroyablement surpris par la maturité de la réflexion derrière ce qui semblait être surtout une œuvre née de la bonne volonté de quelques personnes. David m’a fait part des débats qui ont jalonné le développement de ce centre, et si beaucoup de décisions ont été amenées par les événements, les bons sentiments n’auraient clairement pas suffi à donner au projet sa cohérence ni à lui garantir le succès. Un exemple : fallait-il pratiquer un dépistage automatique des enfants accueillis au centre ?
Le plus étonnant pour moi n’a pas vraiment été de découvrir qu’il y avait du sérieux et des procédures derrière ce qui pourrait paraître de la gestion au jour le jour. Non, le plus édifiant finalement, c’est que ce sérieux n’est volontairement pas la vitrine du projet. Ce qu'Ashray veut faire voir de soi c’est bien l’amour qui porte cette communauté, quitte à apparaître comme un projet d’amateur qui se débrouille plutôt bien avec un peu de chance. Ce qui fait que je me pose cette question : le sérieux est-il toujours un gage de sérieux ?
J’ai déjeuné là-bas, au milieu des enfants. Ici, mes quelques mots de hindi se sont encore révélés bien utiles. Pas pour me faire comprendre : la plupart étudie l’anglais et le parle plutôt bien, mais pour casser la distance respectueuse qu’ils mettent immanquablement au premier abord. J’ai été invité dans les différents centres du CCDT dont beaucoup d’enfants étaient venus célébrer l’anniversaire d’Ashray, et je compte bien y aller.
Je n’ai pas pris de photo parce que je voulais être entièrement présent à ce que j’étais en train de vivre. Mais je vous garantis que tous ces gosses sont magnifiques ! J’ai essayé de rendre au mieux mes impressions sans être trop guimauve… :-)
Pas sûr d’y être parvenu, mais bon ça m’a fait du bien de quitter un peu le Bombay sophistiqué et un brin superficiel de tous les jours. J’ai retrouvé l’Inde que j’aime pendant quelques heures !

Du grand Nico !
RépondreSupprimerIl faut surtout s'efforcer sérieusement de n'être pas sérieux.
T'inquiètes. Dès que j'ai un peu de temps, je vous raconte la fin de cette journée et les sept heures passées au Bandra Wine Festival... ;-)
RépondreSupprimeroh oui j'attends la suite avec impatience !
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